Crise du réemploi textile : pourquoi notre modèle est en danger
Nous répondons à vos questions ! Que faire de mes vêtements abîmés ? Si vos vêtements sont abîmés et que vous…
L’info ne vous a pas échappé, le secteur du réemploi textile traverse une crise importante. Depuis plusieurs mois, les bulles textiles pleines et les dépôts sauvages se multiplient. Chez Terre asbl, nous collectons toujours autant, et nos équipes restent présentes sur le terrain comme avant la crise. Mais les collectes s’accumulent, les centres de tri saturent. Derrière cette crise du réemploi textile, il y a bien sûr des raisons structurelles : inflation, collecte sélective, aide financière qui tarde à arriver. Mais il y a aussi un acteur silencieux, dont les conséquences se font sentir chaque jour un peu plus : la fast fashion, et pire encore, l’ultra fast fashion.
Replantons le cadre. Zara, H&M, Primark… Tout le monde connaît ces enseignes qui proposent des vêtements tendance à petit prix. C’est ce qu’on appelle la fast fashion : une mode rapide, bon marché, produite en masse pour suivre des collections qui changent toutes les 4 à 6 semaines. Récemment, un nouveau niveau a été franchi avec des entreprises comme Shein ou Temu, capables de proposer des MILLIERS de nouvelles références chaque jour, à des prix dérisoirement bas. Bienvenue dans l’« ultra fast fashion ».
Ces modèles reposent sur la surproduction, la surconsommation et l’obsolescence programmée des goûts. Résultat : on achète plus, plus souvent, et on se débarrasse plus vite (beaucoup plus vite).
Le problème n’est pas seulement moral ou environnemental. Chez Terre asbl, nous vivons chaque jour les conséquences directes de ces habitudes de consommation. Nos bulles sont de plus en plus remplies de vêtements de très faible qualité, parfois portés une seule fois, parfois jamais. Et si les prix bas attirent, la qualité ne suit pas.
Beaucoup de ces textiles ne peuvent pas être revendus en seconde main :
Quand on dit que la fast fashion nuit à la filière du réemploi, ce n’est pas un jugement, c’est un fait vérifié au quotidien.
Depuis le 1er janvier 2025, la collecte sélective des textiles est obligatoire. En pratique, cela signifie que tous les textiles doivent être triés séparément des déchets ménagers. Une bonne idée en soi, mais mise en place sans concertation et sans moyens supplémentaires pour les acteurs de terrain comme Terre asbl. En d’autres termes, Terre asbl n’a pas été mandaté pour reprendre les textiles abîmés, et pire, il nous est imposé de les reprendre, sans contrepartie financière.
Depuis le 17/07 des mesures ont bien été adoptée par le gouvernement wallon (on vous l’explique dans notre précédent article) mais nous ne savons toujours pas quand elle sera effective et quand nous recevrons l’aide.
Conséquence directe : encore plus de volume à collecter, encore moins de possibilités de valoriser. Car oui, nous le rappelons : une bulle textile n’est pas une poubelle. Tous les vêtements ne sont pas valorisables. Et non, nous ne réparons pas les chaussures trouées ou les jeans déchirés.
Quand un vêtement déposé dans la bulle est encore en bon état, il peut être trié, présenté en magasin, puis vendu au juste prix. Cela permet de financer toute la chaîne : les collecteurs, les trieurs, les vendeurs, les livreurs… Tous les postes qui font vivre plus de 250 personnes chez Terre, dont la majorité en parcours d’insertion socio professionnelle (…et non, au cas où la question se poserait encore : aucun poste n’est occupé par des bénévoles chez Terre asbl).
Mais, quand la moitié des dons ne sont pas valorisables ? Quand 20% de ce qu’on collecte est du déchet ? Quand les matières sont trop fragiles pour trouver preneur ? Ce modèle est mis à mal.
Notre but n’est pas de culpabiliser les consommateurs. Le vêtement est une nécessité, et tout le monde n’a pas les moyens d’acheter de manière responsable. Mais, il est essentiel d’être conscient des conséquences de ses choix, et de faire au mieux avec ce qu’on peut. Acheter une pièce à 2€ qu’on ne portera jamais, ce n’est pas une bonne affaire. C’est un coût pour la planète, pour les acteurs du réemploi et pour VOUS.
On comprend le besoin de s’habiller à moindre coût. Mais avez-vous déjà fait le calcul ? Mieux vaut parfois investir quelques euros de plus dans un vêtement de qualité (même de seconde main !), qui durera des années, plutôt que d’acheter une pièce à usage unique à 5€, qui finira abîmée après une seule utilisation.
Soyons transparents : oui, il arrive aussi de trouver des vêtements issus de la fast fashion dans nos rayons. Pourquoi ? Parce que nous travaillons avec ce que vous nous donnez. Jeter des pièces encore en bon état n’aurait aucun sens, ni sur le plan écologique, ni sur le plan social. Si un vêtement de fast fashion est propre, portable et recherché par nos clients, il a toute sa place en magasin. Notre rôle n’est pas de juger la marque inscrite sur l’étiquette, mais de prolonger la durée de vie du textile et d’éviter qu’il ne devienne un déchet prématuré.
Voici quelques gestes simples pour réduire l’impact de votre garde-robe sur la filière du réemploi et sur l’environnement :
Ensemble, nous DEVONS changer notre façon de consommer : chaque vêtement qui dure un peu plus longtemps est une victoire pour la planète, pour le réemploi, et pour l’emploi local.